Un oeil sur la Corse

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Philippe Guglielmi siège au Conseil régional d’Île-de-France depuis mars dernier. Originaire de Moriani, il est passé par les commandos et le sommet de la Franc-maçonnerie.

 

D’emblée, il vous invite à « prendre un pot » et pourquoi pas « dîner ensemble ». Pourtant, il ne vous connaît pas. Ne vous a jamais vu. Sa voix, qui résonne au fond de sa gorge, un peu façon Jean-Claude Gaudin, laisse entendre que vous allez rencontrer un bon vivant. Qui a du vécu. Et qui vous tape sur l’épaule d’une main gauche où claquent chevalière et Rolex. Elles dénotent avec sa résidence de vacances à Moriani-Plage. « Vous savez, j’ai un peu d’argent, dit-il, mais cette maison ne changera jamais ». Pas de colonnes, mais carrelage à l’ancienne et portes en bois grinçantes. Tout est d’origine, ou presque. « Chaque fois que je dois changer quelque chose ici, c’est un crève-cœur ». Ce natif d’Antibes veut garder ses racines intactes. Celles de ses vacances sur l’île lorsqu’il était ado. Au temps où il a très vite compris que, « pour avoir son quatre heures, il fallait le demander en langue corse » à ses tantes.


Le lien est resté permanent. « Chaque fois que j’ai été blessé au combat, c’est ici que je suis venu me rétablir, précise-t-il. Et puis à Moriani, je ne suis ni le grand maître du Grand-orient de France, ni le Colonel d’infanterie. On ne me parle même pas de politique ». C’est lui qui en parle. Rapidement, pour ce qui est de son mandat actuel. A ses côtés au Conseil général d’Île-de-France, Julien Dray ou Manuel Valls. Il préfère s’attarder sur les enjeux locaux, même s’il dit porter un « regard distant, mais pas méprisant » sur les problèmes insulaires. Gauche ou droite, ici, il ne se mettrait pas dans une case : « les deux tendances se cherchent, faute de n’avoir pas pu satisfaire. Le chômage est élevé en Corse, les Restos du cœur ont pignon sur rue… C’est nouveau tout ça. Je ne veux pas être un idéologue politique », dit-il. Non, Philippe Guglielmi se décrit comme un « progressiste, maçonnique avec une touche d’universalisme ». Et admet qu’un mandat insulaire le tente. Comme un « dernier combat ». Son étoile flamboyante. A 59 ans, « la retraite, ce n’est pas pour moi », sourit-il.


Il en a presque trop fait pour s’arrêter là. A 18 ans, il entre à l’école de Saint-Maixent. Celle des « sous-off’ » pour intégrer les commandos. Au fil des missions, il se retrouve casque-bleu au Sud-Liban. De 1984 à 1985. C’est là qu’il a « eu le plus de pépins », parce que lui et ses hommes étaient trop « au contact ». Celui des milices chiites et des cadavres à ramasser. Il n’en dit pas plus, pourtant c’est cette partie de son iceberg qu’il a envie de faire émerger. Celle qu’il garde enfouie au fond du Moyen-Orient lorsqu’il faisait du renseignement. Deux ans de sa vie. Ils ne semblent pourtant pas être les plus importants de sa carrière. Son terrain de jeu semble plutôt avoir été l’Afrique noire. Il n’entre jamais dans le détail. Tout juste s’il donne des noms de pays : le Congo, le Gabon… Rien ne sort. Sauf une affaire qu’il a eu à traiter, alors que Denis Sassou-Nguesso s’apprêtait à prendre le pouvoir à Brazzaville. « Il avait fait arrêter trois types, on a sollicité mon intervention. J’ai eu « Sassou » au téléphone ». Il les a graciés », se souvient-il. Pourquoi une telle écoute ? Le  congolais est franc-maçon.


Rien n’y fait. C’est au « réseau » que Philippe Guglielmi revient encore et toujours. Les loges, les obédiences, les « frangins »… Bref, ceux qu’il côtoie depuis maintenant 30 ans. « De toute façon, je ne peux pas m’en cacher. Quand on est dignitaire on est médiatisé ». Il a été au sommet de la pyramide : grand-maître du Grand-orient de France, de 1997 à 1999. Pour lui, son « Ordre » est discret, pas secret. Et reconnaît qu’il y a de tout parmi les siens : « Autour de moi, j’ai le peureux, le maladroit, le magouilleur et le sacré con. Mais celui-là, on va le virer ! »


Tout s’imbrique chez lui. Aujourd’hui, il rassemble toutes ses expériences au service d’une seule : l’intelligence économique. Une matière qu’il enseigne à l’université de Marne-la-Vallée. Un mélange de réseautage et de renseignement appliqué au monde de l’entreprise. En gros, apprendre à devancer les concurrents. Pour lui, la France a vingt ans de retard dans ce domaine. C’est pourquoi il entretient toujours ses connexions. Même lorsqu’il est en vacances, il admet y travailler en permanence. Et si « officiellement », il est à l’étranger pour ses affaires, ce n’est vraiment qu’à partir du 15 août qu’il s’accordera un peu de repos à Moriani. Difficile donc de savoir où il est et ce qu’il fait. Franc-Mac’, Milouf et Corsico, c’est un peu son triangle.

 

Publié dans Corsica

Commenter cet article