« Une croissance entre 0,5 et 1% pour la Corse »

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

L’année 2009 reste marquée du sceau de la crise financière pour l’économie mondiale. Mais grâce à ses valeurs sûres, le microcosme insulaire garde la tête hors de l’eau pour Jean-Marc Cermolacce, président du MEDEF de Corse.

 

2008, la Corse a été épargnée par la récession. Qu’en a-t-il été pour 2009 ?

C’était une année un petit peu particulière car tout le monde craignait une retombée dure, des suites de cette crise économique et financière de septembre-octobre 2008. Tout le monde attendait de voir comment l’économie insulaire allait se comporter. A priori, aujourd’hui, la Corse semble être la région de France qui a le mieux résisté à la crise. L’impact est très nettement inférieur à tout ce que l’on peut observer ailleurs.

 

Pour quelles raisons ?

D’abord, le fait que les secteurs les plus impactés partout ailleurs sont les secteurs industriels ou dérivés de l’industrie. Or chez nous, la quasi inexistence du tissu industriel fait qu’il n’y a pas de réelles conséquences. A l’exception d’une entreprise qui a quand même souffert : Corse Composite. Je crois qu’ils ont eu quelque chose comme 25 ou 30% de baisse d’activité, avec des problèmes de chômage partiel.

D’un autre côté, ce qui a bien tenu, c’est la saison touristique qui a été très bonne. C’est un des piliers qui a mieux que résisté. L’autre pilier, c’est celui de la commande publique où là, les pouvoirs publics ont joué le jeu et mis le paquet. C’est le deuxième vecteur qui a permis le soutien à l’économie. Cela se matérialise par les travaux publics ou des programmes aidés pour l’ensemble des collectivités. Les niveaux des trois années précédentes ont sur ce point été maintenus.

 

Des points négatifs ?

Malgré tout, il y a quand même une petite remontée du chômage sur l’année. Nous devrions avoir, sur l’ensemble de l’année, une hausse de 3%. Partout ailleurs en France, c’est plus de 10%.

 

Quels secteurs ont le plus souffert de destructions d’emplois ?

Un secteur rencontre des difficultés depuis maintenant deux ans, indépendamment de la crise. C’est le bâtiment, pour ce qui touche à la commande privée. Les parcs correspondent plus ou moins aux besoins de logement. L’offre et la demande se sont rééquilibrés ce qui a conduit à l’arrêt de toute une série de constructions. Des programmes se sont terminés ou sont en train de se terminer. Ici c’est un retour à une situation antérieure. Un indicateur est significatif : les vendeurs de matériaux sur le grand Bastia et sur le Grand Ajaccio, ont un chiffre d’affaires en baisse, ou bien n’ont plus la croissance à deux chiffres des 5 dernières années. Nous vivions, entre 2002 et 2007, une forte période de rattrapage. Tous les autres secteurs ont limité la casse.

 

La crise a-t-elle vraiment touché la Corse ?

Globalement, l’impact reste marginal. Même si les entreprises déjà en difficulté sont fortement touchées. Au niveau du tribunal de commerce un ratio est à mettre en évidence, c’est le nombre de redressement qui se transforment en liquidation. C’est assez spectaculaire, le chiffre est multiplié par deux entre 2008 et 2009. Ce qui démontre qu’en période de crise les plus faibles sont vraiment très exposés.

 

Et sur les défaillances d’entreprises ?

Il n’y a pas forcément une accélération. Une petite augmentation est à noter mais elle n’est pas à la hauteur de ce qui avait été prévu. Il doit y avoir au maximum 10% d’augmentation. Mais sur un petit volume de départ donc ce n’est pas significatif.

 

En contrepartie, y a-t-il eu suffisamment de créations d’entreprises ?

Il y en a tout le temps. Le solde créations/radiations est pour le moment équilibré. Et quoi qu’il en soit il ne sera pas négatif pour l’année 2009. Les années précédentes il y avait tout de même 10% de créations en plus que de radiations. Mais là, il faut être prudent car le taux de mortalité des entreprises est très élevé sur les 5 premières années, donc il faut une analyse sur une période plus longue.

 

A-t-on une idée de la croissance en Corse ?

Le chiffre n’est pas très précis, mais tous les observatoires, nationaux comme régionaux, nous donnent une croissance à zéro. Même si pour ma part, je pense qu’on devrait sortir de l’année 2009 avec une croissance entre 0,5 et 1%. L’impact de la saison touristique fait ici la différence. Même l’arrière-saison est plutôt bonne avec un afflux de croisiéristes. Nous avons aujourd’hui une offre globale qui permet un étirement de la saison qui n’existait pas il y a 10 ans. Aujourd’hui, la saison va facilement d’avril à octobre. La première raison c’est la modernisation et la professionnalisation des outils. Il faut tirer un sacré coup de chapeau aux professionnels du tourisme.

Par rapport aux années précédentes, de 2005 à 2007, on a été certainement en Corse plus près de 5% de croissance que de 2. Mais n’étions-nous pas dans une période de rattrapage ? Le ralentissement est quand même dû à la crise. Nous avons le même réflexe de frein à la consommation qu’ailleurs. C’est ça essentiellement qui fait tomber le taux de croissance.

 

L’implantation des compagnies aériennes low-cost est-elle une bonne chose ?

Bien sûr ! Tous les chiffres démontrent qu’en créant cette offre complémentaire, cela a créé un formidable appel d’air. Et aujourd’hui, tout le monde a compris que les low-cost ne concurrencent en rien la CCM. Les deux doivent pouvoir cohabiter en développant encore fortement les lignes avec l’étranger. Pour 2010, il faut en ouvrir un maximum.

 

L’économie Corse étant en léger décalage par rapport au reste du pays, y a-t-il un risque de subir les réels effets de la crise au cours de l’année à venir ?

Je suis tenté de dire que si on refait une bonne saison touristique, si la commande publique est soutenue… les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Je ne vois pas à quel titre on aurait une année 2010 plus impactée que 2009. Tourisme et BTP restent le duo indissociable pour un soutien à l’économie insulaire. Ce qui serait bien, c’est que cela ne reste pas une éternelle doublette.

 

Mais quels secteurs développer alors ?

Tout ce qui est lié aux nouvelles technologies. Aux produits à très forte valeur ajoutée, facilement exportables. Nous n’avons pas moins que les autres. Il faut s’orienter vers la création de process informatiques spécifiques qui pourraient être développés en rapport avec l’université. L’agro-alimentaire également, où nous avons déjà fait de belles choses. Mais je ne dis là que des banalités.

 

Les reprises d’entreprises posent-elles toujours problème ?

Oui. On travaille sur ce thème depuis maintenant 2 ou 3 ans. Il y a 4 500 ou 5 000 entreprises en Corse (petits-commerces, PME, TPE…) dont le dirigeant approche de l’âge de la retraite et qui se pose la question de la succession ou de la transmission. Mais dans ce domaine, on n’a pas trouvé la bonne porte d’entrée. Beaucoup de chefs d’entreprise sont vendeurs, mais le passage à l’acte reste difficile. D’abord parce qu’il faut un repreneur, mais aussi parce qu’il faut l’accompagner dans les premières années d’exploitation. Le plus dur est de superposer parfaitement les desiderata du vendeur et les possibilités de l’acquéreur.

 

Comment voyez-vous l’année 2010 ?

C’est extrêmement simple et complexe à la fois. Aucun phénomène structurel ne va venir bouleverser l’économie de l’île. Le résultat de l’année à venir dépendra de la santé relative de ses principaux piliers : tourisme et commande publique.

 

Il faudra aussi s’adapter à deux nouvelles variables : le remplacement de la taxe professionnelle et l’arrivée de la taxe carbone…

Le remplacement de la taxe professionnelle par un nouvel impôt représentera 5 milliards d’économie pour les entreprises sur le plan national. Donc il y aura ici aussi un impact. Sur la masse générale il y aura une légère diminution de l’impôt payé. Ce qui va se dessiner c’est que les entreprises qui sont de gros investisseurs - industrie et travaux publics – vont être favorisées. Alors que les entreprises purement de services, assurances, banques… à forte valeur ajoutée, vont être un peu plus pénalisées. Pour moi cette réforme ne créera pas de grand bouleversement en Corse. Ni en plus, ni en moins. Quant à la taxe carbone, très honnêtement, c’est la bouteille à l’encre. Bien malin celui qui peut dire ce qu’il va en sortir. Autant sur la taxe professionnelle nous avons des logiciels de simulation. Chacun fait son petit calcul individuel. Mais sur la taxe carbone, c’est inchiffrable à notre niveau, même si cet impôt est une bonne chose dans l’esprit. Maintenant nous verrons comment ça va s’appliquer concrètement.

Publié dans Corsica

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