Concession médiatique

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

A chaque conflit ou famine sa mise en scène humanitaire. Les organisations d’aide aux sinistrés se bousculent même devant les caméras pour jouer sur la corde sensible de spectateurs. Et ainsi, en plus de fournir une assistance non négligeable, recueillir un peu plus de dons. Parallèlement, les médias sont accusés de se nourrir de ces images à un point tel que le public tend à se désintéresser de tout ce misérabilisme.

 

« La compassion ne doit pas constituer un facteur de simplification dans l’analyse d’une situation », précise le texte intitulé De la compassion médiatique. Car du même coup, on délaisse l’essence même du métier de journaliste : l’investigation. Simplifier reviendrait à exposer simplement les faits et servir la soupe aux humanitaires. Enquêter et analyser permettrait de « générer des débats salvateurs et permettre aux populations » de s’approprier la problématique, à en croire Sidiki Y. Dembélé Dakar dans Les Échos de Bamako.

 

« Mais encore faudrait-il que la presse africaine s’y intéresse », se désole le journaliste. Car qui est le mieux placé pour présenter un regard critique sur une situation donnée ? Les personnes qui vivent cette situation. « Les représentations de la vérité dépendent de la position sociale du reporter », rappellent Janet Cramer et Michael McDevitt dans un article intitulé Ethnographic journalism.

 

On rapporterait ainsi d’une manière plus responsable les us et coutumes de groupes traditionnellement marginalisés par les pratiques habituelles du journalisme. En se détachant de l’aide humanitaire et des camps d’assistance qui influencent la vision générale des médias. En privilégiant le fond à la force de l’image. En faisant une concession médiatique en quelque sorte.

 

Une autre grille de lecture

Il s’agit donc de couvrir autrement ce type d’événements, notamment en Afrique. Pour redorer l’image de ce continent dans les médias internationaux et faire en sorte qu’il « puisse joue le rôle qui est le sien sur la scène internationale. Et les institutions panafricaines l’ont bien compris. Le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) et le MAEP (Mécanisme africain d’évaluation par les pairs) organisaient le 16 octobre dernier un atelier de formation de journalistes ouest-africains.

 

Le but n’était pas de les encourager à « cacher les difficultés qui obstruent encore le développement de l’Afrique, expliquait Hamadou Tidiane Sy, responsable éditorial de Ouestafnews. Mais d’aider la majorité des Africains à comprendre ce qui se passe pour de bon sur leur continent. En offrant un regard lucide et sans complaisance. Le journalisme n’est pas un plaidoyer », conclut-il.

 

Il appartient donc aux Africains en premier lieu, et plus généralement aux personnes qui vivent au plus près de désastres humanitaires, d’offrir une autre grille de lecture que celle offerte par les médias traditionnels. Et c’était le but de cet atelier. Mais en ont-ils les moyens…

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