La Russie attend son nouveau Spoutnik
Cinquante ans après le lancement du premier satellite artificiel autour de la Terre et quinze ans après la chute de l’Union soviétique, la Russie avait perdu de sa superbe sur le plan de l’industrie spatiale mais semble enfin sortir de la mauvaise passe.
Le 4 octobre 1957, l’URSS lançait dans le ciel une petite boule en alliage brillant du nom de Spoutnik : le «compagnon». Heure de gloire. Mais après avoir rivalisé jusqu’aux années 1990 avec les Etats-Unis, le secteur spatial a été touché de plein fouet par l’implosion du bloc soviétique. Baisse des financements et manque de direction politique ont poussé Roskosmos, l’agence spatiale russe, au déclin.
«L’espace reste pourtant un secteur d’activité politiquement très important pour la Russie», souligne Laurence Nardon, chercheuse à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS) de Paris. Spécialiste de la question spatiale, elle précise que «grâce à la rente énergétique pétrolière et gazière, le pays aura bientôt fini de rembourser sa dette extérieure publique. Les dirigeants politiques retrouvent donc un intérêt dans l’espace».
Et c’est Vladimir Poutine qui profite de ce rétablissement économique pour redorer le blason cousu sur les manches de ses cosmonautes. «Il s’agit d’un domaine important pour nous. Non seulement c’est un objet de fierté nationale, mais c’est aussi un secteur qui nous offre de grands avantages concurrentiels. Sans parler de la signification de l’espace pour la Défense nationale», a-t-il lancé dans un discours en mars 2007. Deux ans plus tôt, le budget du programme spatial fédéral était porté à $ 600 millions pour la période 2006-2015.
Soyouz, un quinqua toujours fiable
Beaucoup de Russes vivent encore dans des conditions déplorables, mais un sondage datant de 2004 révèle que 82% de la population estime qu’il est très important pour le pays de rester une puissance spatiale. «Il faut toutefois tempérer ce chiffre, note Laurence Nardon. Cela ne signifie pas pour les Russes qu’il faut consacrer à l’espace un budget important».
Mais il semble que si Roskosmos veut avancer sur la scène internationale, l'agence doit accepter de s'allier avec ses concurrents. Et c'est même à cela qu'elle doit en partie son salut jusqu'alors. Elle s'est alliée avec l'Europe dans une société mixte appelée Starsem et regroupant entre autres Arianespace et EADS. Les lanceurs Soyouz ont aussi assuré des rotations régulières vers la station spatiale internationale (ISS) durant l'absence des navettes américaines. Et ils continuent à le faire.
Le pas de tir de Baïkonour au Kazakhstan est le théâtre de 10 lancements chaque année. Et en 1720 décollages, les fusées construites à Samara totalisent un taux de réussite de 96,6%. Elles ont d’ailleurs peu évolué en 50 ans. De quoi rassurer Vladimir Poutine dans ses perspectives d’envoyer un homme sur la Lune. Le président russe a même, le 12 mars dernier, chargé le gouvernement de travailler sur un programme spatial à long terme, sur 30 à 40 ans. La Russie espère tenir là son nouveau Spoutnik.