Un proche du président de l'Exécutif corse assassiné

Publié le par Jacques Casoni

Dominique Domarchi était l’un des conseillers les plus influents du président de l’Exécutif de la Région

 

« Homme de l’ombre ». « Bras droit ». « Sherpa ». Les qualificatifs imagés étaient légion pour tenter de décrire la relation qui unissait les deux élus. Pourtant, sur le papier, son statut était simple : « chargé de mission auprès du président de la Collectivité territoriale de Corse ». Un homme de dossiers qui apportait un éclairage technique à Paul Giacobbi dans les couloirs de l’Assemblée de Corse. Dimanche soir, il est bien loin de tout ça. Maire depuis 27 ans de Sant’Andrea-di-Cotone au centre de l’île, il suit les résultats des élections depuis le Conseil général de Haute-Corse. L’un de ses amis politiques, Pierre Louis Nicolaï, vient juste d’être élu conseiller général du canton avec 76% des suffrages. Dépouillement terminé vers une heure vingt, l’homme fort du village rentre tranquillement chez lui. Une fois la porte poussée, un homme le bouscule et s’engouffre derrière lui avant de faire feu. « Plusieurs décharges de fusil de chasse » sont tirées selon les premiers éléments de l’enquête. A l’étage, l’épouse et les enfants de Dominique Domarchi dorment. Ce sont eux qui vont donner l’alerte.


Dans le petit village qui domine la côte des nacres et la plaine orientale de l’île, les habitants sont vite au courant. Et commencent à se rassembler devant la porte de leur élu. Dès le petit matin, une cinquantaine de personnes obstrue la ruelle étroite. Regards fermés. Jean est venu en voisin. Il n’a « rien entendu » pendant son sommeil et se dit « profondément choqué et bouleversé. Nous sommes tous dans cet état. En dehors de toute considération politique, c’est l’autorité du village qui s’en va et nous sommes tristes ».


L’influence de ce maire de 63 ans a peu-à-peu dépassé les limites de sa commune. Quand la gauche s’installe à la présidence du Conseil Exécutif de la Région en mars 2010, il sort de 12 ans d’étroite collaboration avec le président du Département de la Haute-Corse. Leurs liens sont à la fois politiques et familiaux. Le grand-père de Paul Giacobbi, ministre sous la IIIe République, avait aussi choisi le grand-père de Dominique Domarchi comme conseiller.


Le maire de Sant’Andrea-di-Cotone se tenait volontiers loin des médias. Son nom était rarement évoqué. Pour certains, il pouvait inspirer de la crainte. Pour d’autres, du respect. En janvier dernier, il a été entendu quelques heures dans le cadre d’une enquête sur le versement de pots-de-vin et de détournements de fonds publics entre les Départements de Haute-Corse et celui des Bouches-du-Rhône. Aucune charge n’a été retenue contre lui. Il avait alors été énergiquement défendu par Paul Giacobbi qui s’est rendu hier au domicile de son collaborateur. Le président de la Région a passé la matinée avec la famille de son collaborateur. Il a perdu un appui mais surtout un ami.

Publié dans La Croix

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