Sarkozy opte pour la FARC tranquille

Publié le par Jean Sébastien Soldaini

Hugo Chavez écarté. La Colombie compte désormais sur Nicolas Sarkozy pour prendre en main le dossier des otages des FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes), mais le président français ne se presse pas. Pourtant, les appels du pied se multiplient en direction de l’Élysée. Tant du côté de Bogota, que de la guérilla marxiste.

 

Le chef d’État colombien Alvaro Uribe et son gouvernement devront attendre un peu pour connaître les intentions du président français. Luis Carlos Restrepo, Haut-commissaire colombien à la paix devait être reçu aujourd’hui à Paris par Nicolas Sarkozy. Mais l’entrevue a été reportée par la France en fin de soirée, officiellement « pour des raisons d’agenda ».

 

En réalité, Paris ne veut pas s’engager à la légère. Car la proposition de Bogota est osée. Alvaro Uribe souhaite que son homologue français participe à une rencontre avec les rebelles.

 

« La situation est complexe et cela demande un peu de réflexion. La France n'a pas l'intention d'être instrumentalisée par quiconque, ni de se précipiter sur chaque porte qui s'ouvre. On n'a pas le droit de se tromper », précisait hier un proche conseiller de Nicolas Sarkozy.

 

Luis Carlos Restrepo n'a pas dit s'il allait rencontrer personnellement le président français, et évoquait seulement des « hauts fonctionnaires » parisiens. Pour lui, la nécessité est de parvenir « avec la plus grande rapidité à un accord humanitaire ». Et pour cela, il considère la France comme un « allié naturel ».

 

Et Nicolas Sarkozy, après les coups d’éclats réalisés avec les libérations d’infirmières bulgares en Libye et de journalistes français au Tchad, se verrait bien comme celui qui a mis fin au calvaire d’une soixantaine d’otages. Dont la franco-colombienne Ingrid Bétancourt. Les FARC espèrent se servir de ces détenus comme monnaie d’échange pour obtenir la libération de 500 de leurs guérilleros.

 

Mensonges et « naïveté »

Pour cela les rebelles veulent aussi jouer la carte Sarkozy. « Le président français peut jouer un rôle très important pour que le processus d'échange d'otages reprenne son cours initial qui produisait de bons résultats avec Hugo Chavez (le président du Venezuela) », a déclaré le commandant rebelle Ivan Marquez, dans une interview à l'Agence bolivarienne de presse proche de la guérilla.

 

De son côté, le président français a rappelé à Alvaro Uribe lors d'un entretien téléphonique qu'il comptait « sur son aide et qu'il y avait urgence à agir » pour obtenir la libération des otages. Cette réaction intervient après la divulgation d’une lettre d’Ingrid Bétancourt adressée à sa mère. « Dans la jungle, on vit comme des morts », y précise la franco-colombienne. Une cassette vidéo, prouvant que les otages sont encore en vie, accompagnait ce texte. Les autorités colombiennes disent les avoir obtenus en rencontrant des proches des FARC.

 

De quoi faire réagir une nouvelle fois le président vénézuélien Hugo Chavez. La semaine dernière, vexé d’avoir été écarté du dossier par Alvaro Uribe, il n’avait pas hésité à le traiter de « menteur ». Cette fois, il pointe du doigt la « naïveté » de la France pour avoir mis au crédit du gouvernement colombien, et non de propre sa médiation, la remise de ces preuves. « Quelqu'un a dit à Paris que les preuves avaient été envoyées par une voie totalement différente. Qu'ils ne soient pas ingénus à Paris », a-t-il ajouté, précisant n'avoir « pas encore repris contact » avec le gouvernement français depuis la suspension de sa médiation.

 

Mais Nicolas Sarkozy, en déplacement officiel en Algérie, a fait savoir qu’il « ne serait instrumentalisé par personne ». « Cela ne veut pas dire que le président ne veut pas se rendre en Colombie, précise un de ses proches. Mais il veut y aller pour que ce soit utile. Il y a peut-être des émissaires à trouver pour préparer le terrain ». Aucune piste ne doit être écartée.

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