La Moby dit « Ciao »

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Engagée depuis le 1er avril sur la ligne Bastia-Toulon, la compagnie ne parvient pas à boucler les fins de mois. Et met une nouvelle fois en cause la CTC.

 

La Moby Lines avait pourtant signé un CDD d’un an renouvelable. Elle lève l’ancre au bout de 10 mois et se contentera désormais d’assurer des rotations estivales entre la Corse et l’Italie. Rien de plus. Il y a bien eu une période de flottement entre le 4 et le 10 février. Quand Luigi Parente, l’administrateur des navires aux baleines bleues, faisait part de ses « interrogations » sur le maintien de la ligne, la version française de son communiqué évoquait « une suspension ». Mais la décision qui devait être prise en conseil d’administration à Milan ne faisait aucun doute. Il fallait lire « arrêt pur et simple ».

 

A charge pour Fabien Paoli, le directeur de Moby France, basé à Bastia, d’assumer et d’assurer la communication de crise. D’abord de façon policée : « Nous avons un exercice 2010 qui est largement déficitaire. S’ajoute une hausse du prix du carburant de 50%. Tout cela fait que nous ne pouvions pas prolonger l’exploitation ». Mais il s’est mis à insister sur le fait que l’Office des transports de la Corse ne lui versait pas l’aide sociale au passager : « On n’a pas choisi cette date là. Elle s’est imposée par le non-paiement de la taxe et par les emmerdes qu’on nous fait depuis maintenant un an en refusant de signer avec nous la convention ». Ils ont pourtant tout tenté à la Moby. Même un recours devant le tribunal administratif de Bastia. Par une ordonnance en date du 14 décembre, le T.A. semblait donner raison à la compagnie italienne et enjoignait la C.T.C. à verser la somme de 700 000 euros au titre de l’aide sociale. C’est sur cette somme que repose en grande partie la viabilité de la liaison. Sans elle, difficile d’être rentable. Il faut dire que la Moby s’est installée sur la ligne avec des prix pour le moins agressifs : 35€ pour un passager avec sa voiture. Difficile de trouver moins cher. Ce qui avait d’ailleurs donné une raison – valable ou pas – aux marins CGT de la SNCM et de la CMN pour bloquer les ports de l’île pendant 5 jours il y a un an. Et pourtant, la clientèle n’a pas suivi. Ou pas assez. Sur les 374 000 places proposées, seules 33% ont trouvé preneur. Suffisant pour remplir les objectifs commerciaux. Pas pour se maintenir économiquement à flots.

 

Alors les baleines ont dit stop. A seulement une semaine des premiers départs pour les sports d’hiver. L’instant est mal choisi pour Thierry. Il avait prévu son départ de longue date avec la Moby Lines mais il a dû changer ses plans au dernier moment : « Ils ne nous ont ni appelé, ni averti par mail. C’est un ami qui m’a tenu au courant. Je me suis précipité à la Corsica Ferries avec l’angoisse de ne pas trouver de place. Finalement, j’ai pu m’en sortir, mais en payant mon billet 50% plus cher… » Et si ce voyageur comprend la décision de son transporteur initial, il a été surpris de voir que la compagnie n’assurerait pas ses rotations « jusqu’à la fin des vacances ». Pour Fabien Paoli, cet état de fait est un crève-cœur : « Je suis Corse et je sais toutes les tracasseries que cela peut entraîner. Mais surtout nous avons embauché de jeunes insulaires pour le lancement de cette ligne. Aujourd’hui, nous allons être obligés de licencier… Ce que je constate une fois de plus, c’est que c’est le port de Marseille qui décide de la politique des transports avec la complicité de la Région. Je tiens à les remercier pour cela ! »

 

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Publié dans Corsica

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