Premier jet

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

A 30 ans, le bastiais Maxime Jal se lance dans un premier roman qu’il publie le 15 juin en Corse. Retour sur une création qui lui a pris quatre ans. Entrecoupés d’une longue pause.

 

Sa plume, Maxime la prend au sens propre. Contrairement aux actuels trentenaires, il n’est pas à l’aise avec son clavier. Du moins, pour vraiment écrire. Il préfère la bonne vieille feuille et son stylo pour ne pas « brider sa pensée. Laisser partir le jet ». Sans honte et avec un brin d’exagération, il reconnaît « mettre une demi-heure pour taper une virgule ». Pourtant, comme tout écrivain qui se respecte, il lui faut sa bulle pour se concentrer. Mais avec des outils aussi simples, il peut se mettre à griffonner partout. Pourquoi pas en pleine rue. Parfois, il lui est arrivé au cours de la rédaction de son premier roman, d’interrompre une conversion lançant un sec « Ne me parle plus ! » à son interlocuteur. Alors évidemment pour lui, le cliché du vieux bourru pas rasé qui écrit en robe de chambre derrière sa machine est un peu dépassé, même s’il admet avoir enchaîné les longues périodes de travail, enfermé chez lui. « Jusqu’à 16 heures par jour et sans aucune interférence, pour faire vivre son personnage d’Ange-Alil. Un jeune corse qui « monte à Paris » pour faire ses études à la Sorbonne. Maxime le connaît bien forcément. Comme lui, il étudie les Lettres dans les murs de la prestigieuse université du quartier Saint-Michel. Comme lui il a de l’entregent. Comme lui, sans doute, il est beau gosse et plaît aux femmes. La comparaison s’arrêtera là : mystère ou réalité, Ange-Alil devient gigolo.

 

Pour son premier roman, Maxime s’est inventé un personnage et pourquoi pas une deuxième vie. « Je savais où j’allais avec lui, mais il a vécu dans mon imagination », dit-il. Il lui a même échappé, le poussant à faire les cent-pas chez lui pour tenter de comprendre où allait « sa chimère ». Dure découverte pour le jeune auteur. Il a commencé à écrire des poèmes à l’âge de 14 ans, alors il ne pensait pouvoir un jour perdre le contrôle. Mais il finit par se raisonner : « Tout contrôler n’est pas possible. Sinon, cela se résume à ta pensée et cela devient réducteur. Tu crées des clichés » analyse l’auteur. Alors il fait travailler sa mémoire. Pas forcément des situations qu’il a lui-même vécues. Plutôt, un mélange de d’individus rencontrés, des traits de caractères… Pour arriver à un personnage « qui est un mélange de dix personnes réelles. C’est bien de se surprendre ! ».

 

Les premiers mots de Sorbonne Gigolo ont été écrits il y a quatre ans. 50 pages d’un coup, puis plus rien. Deux ans et demi sans écrire un seul mot avant une reprise en septembre 2009. Maxime voulait se consacrer à ses études de Lettres, mais sans aller trop loin. Une thèse ou un mémoire sur un auteur en particulier ? « D’autres le feront mieux que moi, dit-il. C’est peut-être la facilité, mais j’avais envie de témoigner d’autre chose ». Et puis ses études, il en a un peu fait le tour. Dans les couloirs de la rue Victor Cousin qui servent de décor à son roman, Maxime déplore que « ceux qui ont une fibre d’écrivain soient bridés. Il faut sans cesse disserter et appliquer des structures bien définies. Mais dans la vie, chacun a sa recette et son propre rythme ».

 

Il a mis du temps à trouver le sien. Presque par jeu, lorsqu’un « artiste un peu curieux » lui a demandé s’il était capable de sortir du style qu’il avait pris l’habitude, machinalement, de reproduire en poésie. Les nouvelles, il dit avoir eu du mal avec les structures. Alors, il passe direct au roman. Il s’essaye à la Science-fiction en se servant du comportement des gens pour tenter d’établir une caricature sociale. Il a bien tenté de le publier, mais sans succès auprès des éditeurs. « C’était assez logique, admet Maxime, il n’y avait pas de structure et le texte n’était pas abouti ». L’œuvre est entre parenthèses et il ne désespère pas de la publier un jour, moyennant quelques retouches. Un troisième texte est même en préparation.

 

Et il a l’air décidé, malgré les difficultés pour trouver un éditeur. « Au début, on a la fougue et on vibre à l’idée d’être publié. Et puis on se rend compte que tout le monde veut écrire. Alors on reçoit des lettres-type et on finit par avoir l’impression que les textes ne sont pas lus ». Alors pour régler le problème, Maxime a décidé de créer sa propre maison d’édition, La Plume rebelle. Histoire de prouver qu’il ne se laissera pas faire. A lui désormais d’assurer l’impression et la commercialisation de 300 exemplaires de Sorbonne Gigolo. Et si ça marche, il peut réapprovisionner en cinq jours.

 

Sorbonne Gigolo, Plume rebelle, 280 p., 19,80€

Publié dans Corsica

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