Frédéric Hantz sonne le réveil du SCB

Publié le par Jean-Sébastien Soldaïni

Sa mission était simple : faire en sorte que le Sporting Club de Bastia ne végète pas en National et remonte illico en Ligue 2. Contrat rempli.

 

Il a récupéré une équipe « dans le coma ». Ou en état de « mort clinique ». Aujourd’hui, c’est à lui de s’assurer que la « convalescence » du club se passe bien. Et, pourquoi pas, de lui redonner un coup de fouet. Frédéric Hantz n’est pas médecin. Pourtant, lorsqu’il débarque à Bastia, pour la saison 2010-2011, son diagnostic est simple : la partie ne sera pas aisée. Pour le club comme pour lui. Le SCB vient de « tomber » en National. Le « coach » sort de deux échecs à Sochaux et au Havre. Malgré cela, l’arrivée d’un entraîneur de cette qualité surprend aux abords du stade Armand-Cesari. Ses trois saisons passées au Mans en attestent. Mais il ne se laisse pas démonter, « de toute façon, je savais bien que les plus grands clubs ne m’ouvriraient pas la porte », reconnaît le natif de Rodez. Pour lui, venir à Bastia n’a pas été une « décision facile », mais c’est là qu’il « avait envie d’être ». « De toute façon, admet-il, que ce soit au Sporting ou au PSG, dans le foot il y a des risques partout. A un moment, il faut se lâcher des deux mains ». Ses pieds eux, tapent dans un ballon et sont bien ancrés sur terre. Après l’échec du Havre, il ne s’est jamais dit : « je ne vaut rien ». Après la brillante saison du SCB en National, il ne s’est jamais répété : « t’es le meilleur ». D’ailleurs, il n’a « pas parlé de remontée » en Ligue 2 lors de son arrivée à Bastia.

 

Il est pourtant l’artisan de la « nouvelle naissance du club ». 91 points engrangés. Une impressionnante série de 31 matchs sans défaite. Et un titre. Il n’en fallait pas plus pour ramener les Bastiais à Furiani.  4 500 spectateurs de moyenne pour voir jouer des équipes comme Colmar ou Luzenac. Chapeau ! Lui et ses joueurs ont redonné envie. Tout simplement. Par le résultat et par la manière. Peut-être aussi parce qu’ils ont retrouvé l’âme de ce club. Et la combativité propre au football corse. Ce n’est pas un cliché. « Quand tu viens du Continent, note Frédéric Hantz, tu le perçois vraiment. Il y a comme une revendication, un affrontement par rapport aux autres équipes ». Pas de politique attention ! Un complexe alors ? « Le mot est dangereux, mais il y a toujours une volonté de montrer ce dont on est capable par rapport aux plus grands. Et ça, ça a été une des clés de la réussite l’an passé ». Il y a eu sa méthode aussi. Vu l’affabilité du bonhomme, elle sûrement été teintée un peu d’humour. Même si dans le vestiaire, le Dr foot devient Mr Hantz. Ferme quand il le faut. Il casse les codes et les clichés véhiculés par le sport : « Un club, ce n’est pas une famille comme je l’entends souvent. Ma famille à moi, c’est ma femme et mes enfants. Le foot, ça reste un travail où tu es dans la performance et la concurrence. Oui on peut rigoler, mais j’ai des moments assez graves. Quand tu es un entraîneur, tu restes un censeur. Tu dois faire des choix de joueurs. Et si tu n’es pas sérieux, on finit par te reprocher une certaine légèreté ». Alors, une certaine image de lui, dressée à l’époque où il officiait en Ligue 1, l’énerve. Il avait été décrit comme atypique ou décalé dans sa façon de travailler. Des chorégraphies pour les supporters, des discours dans le noir, des footings à l’aube le lendemain du réveillon de la Saint-Sylvestre… « Tous les entraîneurs le font, peste-t-il. Mes méthodes ne sont pas très différentes, ce sont les médias qui ont besoin de te coller une étiquette sur le front ». Hantz travaille simplement pour être le plus complet possible. Pour assurer un management de l’ensemble du staff technique. Et gonfler le moral des troupes. Il estime pourtant que ce n’est pas la psychologie qui est la plus difficile à gérer. C’est le physique, même si cela « ne doit pas devenir une souffrance ».

 

Un peu quand même. Actuellement, il s’emploie à bâtir le Sporting version Ligue 2 avec pour première ambition de réinstaller le club durablement à ce niveau. Sa préparation, il la veut du genre costaud. Deux stages sont prévus, dont un à Saint-Gervais dans les Alpes. Histoire de rafraîchir un peu les idées aux joueurs. Et de leur rappeler que la saison à venir ne sera pas du même acabit que l’an passé. Lens et Monaco les attendent. Alors, détendu à encore une semaine de la reprise de l’entraînement, Frédéric Hantz n’a pas tardé à se replonger dans une profonde concentration. L’esprit n’est plus à la déconne. Tout juste admet-il être un peu comme quand « on monte les escaliers avant de faire l’amour : on ne sait pas à quoi on va s’attendre ». Au foot, l’essentiel est de prendre son pied.

 

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